mardi 19 juin 2012

Comment un geek a (presque) sauvé l'économie mondiale

Créé le 18-06-2012 à 18h49 - Mis à jour le 19-06-2012 à 15h20

Pionner du web, Jaron Lanier a imaginé un système dans lequel les internautes seraient rémunérés pour l'utilisation de leurs données personnelles. Mais...

Jaron Lanier (©Karsten Lemm/DPA/MAXPPP)
Jaron Lanier (©Karsten Lemm/DPA/MAXPPP)
 
Il y a tout juste une semaine, lors d’un discret forum qui se tenait à New York, un geek quasiment inconnu du grand public a peut-être tout simplement trouvé la solution miracle pour sauver notre système de la crise économique dans laquelle il est plongé.
Assez peu médiatisé, Jaron Lanier est ce que l’on appelle un "gourou du web", un de ces penseurs visionnaires qui, par leurs idées, ont façonné le web d’aujourd’hui. Personnage haut en couleur, à la fois informaticien et musicien accompli, il est principalement connu pour avoir popularisé le concept de réalité virtuelle, domaine dans lequel il a commencé à travailler dès les années 80. Auteur de nombreux livres et textes, il figurait, en 2010, dans le classement du "Time" des personnalités les plus influentes.

La disparition des classes moyennes

Ses interventions sont donc généralement particulièrement attendues. Or, à l’occasion du "Personnal Democracy Forum", qui se tenait lundi dernier à New York, Jaron Lanier a présenté un plan qui permettrait peut-être, s’il était appliqué, de sauver les modèles économiques des pays développés. (voir la vidéo de présentation ci-dessous)

Celui-ci part du postulat que le principal fléau de nos sociétés est l’explosion des inégalités. Tandis que la pauvreté ne cesse d'augmenter, et que les richesses sont toujours plus concentrées entre les mains des plus puissants, les classes moyennes, normalement garantes de l’équilibre du système, tendent peu à peu à disparaître.
Dans l’économie "pré-high-tech", la classe moyenne était en effet protégée des aléas de la vie, comme la maladie, la vieillesse, la vie de famille… par un certains nombres de "digues". Celles-ci, bâties par les luttes sociales, incluent notamment les législations nationales et les syndicats. Malheureusement, dans le monde de l’économie numérique et des réseaux, ces digues ont en grande partie sauté.
Pour rétablir cet équilibre, Jaron Lanier propose une idée en apparence toute simple : chaque personne est propriétaire de toute information le concernant. Et, à ce titre, il a droit à être rémunéré dès qu’il en est fait un usage commercial, un peu comme un système de copyright sur les données individuelles.
Pour continuer de permettre la libre circulation des informations, indispensable au web, tant que les données vous concernant sont en ligne, elles restent totalement gratuites. Par contre dès qu’une entreprise, que ce soit Google, Facebook, Twitter ou n’importe quel  publicitaire, collecte une information vous concernant vous êtes crédité d'une fraction de centime. Le versement de cette somme très faible se fait via un système de micro-paiements automatisé.

Un système de micro-paiements

Certes, cette somme peut sembler ridicule. Mais, lorsque l’on prend en compte le nombre d’informations collectées chaque jour sur chaque internaute, les sommes collectées au bout de quelques décennies pourraient rivaliser,selon Jaron Lanier, avec le budget de la sécurité sociale.
Si l’idée de faire payer des entreprises, qui jusqu’à aujourd’hui utilisent gratuitement les informations nous concernant, peut paraître simple, son application technique le serait tout autant. En effet, Jaron Lanier a basé son modèle sur les travaux d’un autre pionner du web, Ted Nelson. Déjà à l’époque préoccupé par la question du copyright, il avait dessiné un système de liens hypertextes à double sens. Lorsque, dans un sens, un internaute télécharge via un lien, un deuxième lien se déclenche automatiquement dans l’autre sens et envoie un micro-paiement.
Bien que son idée de lien "à double sens" n’ait finalement pas été retenue, le système imaginé par Ted Nelson est parfaitement documenté et pourrait être facilement mis en place… à condition bien entendu que les principaux acteurs y consentent. Ce qui reviendrait à leur faire accepter de payer pour des informations qu’aujourd’hui ils collectent en toute impunité, et gratuitement. Une condition qui, à elle seule,  transforme le projet de Jaron Lannier en douce utopie.



 

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